L'histoire
de la danse est tout entière tendue entre les deux notions de
répertoire et création. Le corps, la vitesse et l'espace sont les
fondements d'un art et témoignent de leur époque. La tension réalisée
entre ces différents éléments déterminent, la plupart du temps la
qualité d'une proposition chorégraphique. C'est à l'aune de cette
définition qu'il faut comprendre l'invitation faite aux chorégraphes
présents lors de ce festival-dixième anniversaire du CDC. Témoins
vivants de leur époque, les chorégraphes offrent chacun à leur manière,
une lecture du monde contemporain.
Certains de ces invités sont désormais familiers au public toulousain,
Anne Teresa De Keersmaeker
qui nous a fait le bonheur de présenter son solo
Once, une sorte de
précipité de sa danse qui se confond avec les souvenirs de toute une
époque. D'autres artistes venus de Belgique se sont joints à elle.
Wim Vandekeybus
a montré l'une de ses premières pièces,
Les Porteuses de mauvaises
nouvelles, créée la première fois en 1989 et dans laquelle il déploie
déjà ce qui constituera avec le temps son propre style, avec notamment
ses cascades de portés et les figures les plus improbables du
déséquilibre. Les protagonistes de
Peeping Tom, héritiers des Ballets C.de la B., sont venus nous faire goûter à leur énergie intacte dans une création produite par le CDC.
Autre production du CDC, les farfelus
Foofwa d'Imobilité
et Thomas Lebrun ont rappelé que la virtuosité peut parfois rimer avec
l'humour et que le duo dansé peut se décliner à l'infini.
Boris Charmatz,
Marco Berrettini et
Christian Rizzo,
habitués du CDC ont célébré cet anniversaire avec des propositions
singulières qui surprennent et creusent en profondeur la perception de
la danse auprès du public.
La Berlinoise
Sasha Waltz
invitée à Toulouse pour la première fois, a intitulé simplement sa
pièce
Körper (Corps en allemand). Et ils sont là en effet les corps
dans leur présence exacerbée, exposés, accumulés, compressés dans des
espaces trop limités.
Emio Greco,
qui après des années de virtuosité annonce un changement de cap, une
danse plus apaisée, disponible à de nouvelles perturbations.
Heddy Maalem,
reparti pour l'Afrique avec en guise de viatique la partition du
Sacre
du Printemps a évoqué la modernité et la formidable énergie d'un
continent qui sait se relever, toujours. A ce sacre, a répondu celui de
Raimund Hoghe, réduit à un terrible face à face.
L'Espagnole
La Ribot
s'est penchée sur ce qu'il y a d'exceptionnel dans la gestuelle de chacun
avec une pièce élaborée pour et avec des amateurs recrutés à Toulouse.
D'autres artistes venus du monde entier – l'Indienne
Malavika Sarukkai et son art ancestral et cependant toujours actualisé du bhârata natyam, les jeunes Sud-Africains
Via Katlehong dance,
issus des ghettos de Johannesburg - ont fêté avec nous ce dixième
anniversaire durant trois semaines dans différents lieux toulousains au
cours d'une manifestation qui a fait alterner volontairement les pièces
de répertoire et les créations.